« Préparer un safari photo au Botswana », avec Yves Roumazeilles

Yves, tu reviens du Botswana où tu étais « parti en photo-trip » pour reprendre les termes du dernier email que tu m’as envoyé. J’aimerais te poser quelques questions à propos de ces voyages particuliers qui allient vacances, photos et découvertes.

Anhinga d’Afrique, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Anhinga d’Afrique, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

En préambule, pourquoi as-tu choisi le Botswana comme destination ?

En fait, je suis un vieil ami de l’Afrique. J’ai découvert les safaris photo en 2006 au Kenya. Le Masai Mara m’a proprement emballé (la densité animale est proprement incroyable) et je suis resté accro. J’étais déjà allé au Botswana il y a 18 mois et j’avais reçu une gifle : pour la première fois, je ne me contentait pas de voir des animaux, mais j’avais la sensation très précise d’être seulement un invité dans leur monde. Très peu d’êtres humains, beaucoup d’animaux ; nous ne sommes pas dans notre élément.

C’est une chance incroyable que de pouvoir ainsi rencontrer une nature vierge (ou à peu près), des animaux très faiblement imprégnés par la présence humaine. Peut-être le Botswana est-il un des derniers endroits où cela est possible sur Terre de nos jours. Sans doute nos enfants n’auront-ils même pas la possibilité de découvrir notre monde ainsi.

Eléphants, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Eléphants, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Es-tu parti avec une agence spécialisée dans les voyages photo ou avec un Tour Operator traditionnel ?
(avantages, services comme « guide accompagnateur », bons plans, retour d’expériences passées, pièges à éviter …)

Je voyage pratiquement toujours avec une agence spécialisée. Pour ce safari, j’ai choisi un voyage intitulé « Botswana sauvage » chez Objectif Nature (j’ai parfois travaillé avec Amawanda / Étendues Sauvages ; je peux les recommander tous les deux). Une agence spécialisée sait organiser un vrai safari photo ; et ce n’est pas si facile qu’on voudrait le croire.

Les avantages spécifiques sont :

  • une organisation adaptée à des voyageurs lourdement équipés (de la place supplémentaire pour les bagages comme les sacs photo ou pour manœuvrer plus librement à l’intérieur d’un véhicule, par exemple)
  • des lieux triés sur le volet en fonction des opportunités d’observation à distance raisonnable (un 400mm, c’est déjà gros ; de très belles photos sont difficiles avec des focales plus courtes)
  • des guides de très haut de gamme (les photographes vont imposer de placer le véhicule en fonction de la lumière, l’identification des animaux est plus exigeante)
  • des accompagnateurs « photo » qui sont bien agréables pour les conseils techniques ou pour l’émulation artistique

Il m’est déjà arrivé de partir pour un voyage plus naturaliste que photographique ; cela n’a rien à voir. La collecte de photos est sans commune mesure même si on peut passer des moments intenses dans la nature. Au prix où sont ces voyages, il vaut mieux ne pas trop prendre de risques. Même si le tarif est généralement 3 à 5 fois plus élevé que le safari grand public (ce ratio est parfaitement respecté en Afrique Australe et en Afrique de l’Est).

Il est même important de savoir que sur certains voyages (comme cette année au Botswana), je croise des voyageurs beaucoup moins photographes que moi. Ils viennent souvent pour avoir accès à des observations plus calmes, plus patientes (chez un Tour Operator grand public, on fait défiler les animaux à peine vus ; chez Objectif Nature, on peut rester plusieurs heures face à un animal dans l’attente de l’opportunité idéale, on n’est pas pressé). Cela peut être trop pour certains voyageurs, mais c’est l’occasion de mieux communier avec la nature et de mieux profiter de l’instant. Et de faire de plus belles photos.

Attention ! Je privilégie les safari en camp de brousse qui permettent de rester à l’intérieur des parcs nationaux et plus à proximité des animaux pour gagner quelques dizaines de minutes entre le lever de soleil et l’arrivée sur site. C’est souvent spartiate (cette année au Botswana, c’était le grand luxe du camp de brousse), mais c’est bien plus immergé.

Crocodile du Nil, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Crocodile du Nil, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Quels conseils peux-tu donner pour bien préparer un voyage photo en général ?
(repérage virtuel sur le web, consultation de photos d’autres photographes, apprendre la langue des autochtones …)

Je suis assez brouillon en matière de préparation. Il est vrai que je suis passablement organisé pour la partie pratique, mais je ne révise pas ou rarement. Un rapide repérage avec Google maps pour avoir une idée des lieux, mais je fais une confiance considérable aux professionnels avec lesquels nous nous rendons sur les lieux. Ils les connaissent mieux que moi.

Guêpier à front blanc, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Guêpier à front blanc, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Quel matériel as-tu emporté dans tes bagages pour partir au Bostwana ?
(boîtier, objectifs, accessoires, comment transporter le matériel, pourquoi ces choix, assurances, copie des factures pour les douanes, …)

Attention ! Tu me fais entrer dans le gras du sujet !

  • Deux boitiers reflex (le deuxième est là en cas de panne toujours possible ; il est assez ancien)
  • Un télé 400mm f/4.5 (parfois avec un 300mm f/4 en réserve si le poids est tolérable)
  • Un petit télé 200mm f/2.8 (mais je préférerais avoir un 80-200mm f/2.8 qui serait mieux mais… que je n’ai pas)
  • Un convertisseur 1.4x (et optionnellement un doubleur, mais la qualité…)
  • Un grand angle 16-35mm f/2.8
  • filtres polarisants, en réserve
  • Deux cartes par boitier, mais surtout un videur de cartes ColorSpace UDMA pour disposer de 500 Go de réserve
  • Dans le futur, je voudrais disposer d’un petit PC portable avec 500 Go de disque dur (pour un backup)
  • Des batteries de rechange (pas de « sans marque »)
  • Les chargeurs nécessaires pour travailler soit sur secteur (si le véhicule est équipé d’un onduleur), soit sur le 12V d’une prise allume-cigare.

Tout le matériel nécessaire pour les photos doit passer en bagage cabine (j’utilise un sac Lowepro Mini-Trekker, très pratique et de la bonne taille). C’est une contrainte énorme. Si tu fais le compte, la liste ci-dessus déborde de la limite à 8kg, voir 5kg de beaucoup de compagnies aériennes. Alors, je pars avec une veste équipée de grande poches. En cas de problème à l’enregistrement, je passe discrètement la moitié du sac dans les poches. J’ai un peu l’air de bibendum, mais le poids est respecté. Il ne reste plus qu’à remettre le matériel dans le sac quelques mètres plus loin. Je sais, ça a l’air idiot mais les compagnies et les aéroports ont des règles idiotes jusque dans leur application.

Bien sûr, toutes les factures sont dans une poche (pas dans le sac lui-même). Je ne veux pas prendre le risque d’être ennuyé à la douane, de manquer une correspondance ou autre.

Dans tous les domaines, il faut penser simultanément à « voyager léger » et « penser à tout ».

Crocodile du Nil, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Crocodile du Nil, Botswana, octobre 2011- Copyright (C) Yves Roumazeilles - Tous droits réservés

Tu étais avec d’autres photographes : est-ce qu’on améliore ses prises de vue au contact des autres ?

Oui ! assurément. Chacun a ses habitudes, ses réflexes, ses connaissances. Le mieux est de discuter, de saisir toutes les occasions de voir les photos des autres (je progresse beaucoup en voyant des photos que j’aurais voulu savoir faire moi-même). Parfois, il suffit de regarder faire les autres. Dans une voiture, je m’arrête souvent de photographier quand j’ai engrangé la photo que je voulais. Je regarde autour de moi : Qu’est-ce qui se passe derrière moi (où personne ne regarde) ? Sur quoi est pointé l’appareil de mon voisin ? Quel objectif utilise-t-il ? Qu’est-ce que ça devrait changer ? Que fait l’animal ? Où va-t-il aller ensuite ? Que regarde le guide ? Où son attention s’est-elle soudain portée ?

J’écoute aussi. La cadence de l’appareil photo est une indication de la concentration de l’un ou de l’autre. Les bruits de la brousse sont aussi des indications importantes. les cris d’un oiseau ou d’un animal indiquent ce qui va se passer dans quelques instants.

Pour revenir sur les images des autres, c’est un avantage important que d’avoir un pro pour nous accompagner. Il faut l’écouter et essayer d’en tirer le meilleur parti : il sait des choses que nous n’avons pas forcément comprises. Mieux encore, il est possible de lui montrer des images et de le faire réagir. Ce n’est pas toujours plaisant de voir descendre ses propres images, mais il faut mettre son amour-propre dans sa poche pour en profiter.

Dans certains cas, comme cette année au Botswana, l’accompagnateur (Patrick Fagot) accepte de partager ses techniques personnelles, par exemple, comment il utilise Photoshop. C’est avec Patrick (il y a quelques années au Brésil) que j’avais découvert comment utiliser au mieux un flot de production Photoshop très simple. C’est ce que j’utilise depuis des années grâce à lui (et que je présente sous sa forme plus accomplie sur YLovePhoto dans l’article « Développer sa séquence Photoshop« )

Quelques liens relatifs à cet article :

Une sélection de photos de safari prises par Yves au Botswana : http://www.redbubble.com/people/roumazeilles et http://www.roumazeilles.net/

Objectif Nature pour ses voyages photo.
Étendues Sauvages pour ses voyages de la Collection Exclusifs.
Botswana, c’est sauvage

A propos de l'auteur

Je suis photographe amateur ... de belles images ! J'ai un faible pour les paysages et les portraits, mais je m'adonne à tous les genres. Équipé en matériel Sony Alpha.

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